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mardi, février 17, 2015

Stella BARUK : Faut-il revisiter les conditions de l’apprentissage ?

Enfin j'entends quelqu'un parler du principal problème rencontré par les enfants dans l'apprentissage des maths tel que pratiqué dans notre éducation : une quête de sens qui n'est pas ou mal satisfaite satisfaite.


Entretien avec Stella Baruk, réalisé dans le cadre de la session L’éducation aux sciences et la créativité : une priorité pour l’Ecole ?
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Pour Stella Baruk, professeur de mathématiques et chercheuse en pédagogie, la maîtrise de la langue est première dans l’apprentissage des mathématiques, qui doit être fondé sur le sens.
Depuis quatre décennies, Stella Baruk reçoit les erreurs dans les copies de mathématiques comme « des cadeaux » montrant « les infinies possibilités inventives des enfants ». Mais si elles s’accumulent au cours de plusieurs années de scolarité, elles constituent des « compressions d’erreurs » qu’elle nomme des « petits (ou) des grands César ». Ces observations, issues d’expériences de terrain dans les écoles, et ses nombreux
travaux de recherche en pédagogie confortent sa conviction : il faut revisiter les conditions d’apprentissage des mathématiques et développer une nouvelle méthode fondée sur le sens, l’analyse des erreurs et la langue.
Le « séisme » de l’introduction des « maths modernes » dans les années soixante-dix n’a rien changé à la conception archaïque du calcul à l’école primaire. Seul le « combien ça fait » intéresse l’école, rendue de ce fait indifférente à la perte de sens pour les élèves en difficulté, explique le professeur de mathématiques. Les analyses des formes numériques obtenues à partir des opérations, qui permettraient aux élèves de trouver du sens à ce qu’ils font, n’est pas conduite. Or, au niveau de la conceptualisation, donc des idées, il est essentiel de savoir qu’ « une opération est un choix, une manière d’assembler deux nombres à partir d’une certaine loi de composition ; c’est le résultat d’une action ». Si ce processus de décision pour résoudre un problème n’est pas compris, les opérations n’ont plus de sens, elles sont happées par le calcul. « Quand on sait distinguer le processus du résultat, on tient un levier pour changer la façon de travailler en classe, assure Stella Baruk, mais raisonne-t-on vraiment en classe ? ».

Analyser les erreurs

L’accumulation des mêmes erreurs, produites à vingt ans d’écart, souligne à quel point les élèves renoncent à trouver du sens aux expressions mathématiques. Les « César d’erreurs » sont aussi des « compressions d’incompréhensions », encouragées par un système qui « légitime cette absence de sens » et repose sur une « simulation de sens ». La notation domine, l’analyse des erreurs est négligée alors qu’elle participe de l’appropriation du savoir. Celle-ci permettrait en effet de mesurer ce que les élèves ont compris, de leur faire découvrir le sens de ce qu’ils écrivent et de ne plus s’en tenir aux seules règles qui « réifient et font peur ».
L’école ne se soucie guère d’utiliser, puis de clarifier la terminologie indissociable de la possibilité de penser, donc de raisonner ; or, comme le souligne Stella Baruk, « la langue est première ». Quant à la numération, elle est « le socle du socle », et c’est dans la langue qu’elle s’enracine, bien au-delà de l’obsession de compter ! La maîtrise de la numération au primaire, essentielle dans l’apprentissage des mathématiques au collège puis au lycée, se construit à partir d’une langue rigoureuse. Il s’agit de mettre en cohérence le lu, le su, le vu, l’entendu en s’appuyant sur une coexistence, rendue pacifique, entre patrimoine langagier des enfants et langue mathématique. Si l’école ne fait pas cet effort dès le départ, l’intelligence des enfants reste en souffrance et ceux-ci sont bien mal préparés à l’apprentissage des mathématiques.

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